HISTOIRE A SUIVRE
Journal d'une traversée
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Nous avions diffusé dans les précédents
numéros de la lettre de Solidarité Afrique quelques épisodes
du " Journal d'une traversée".
Cette traversée du Sahara fut organisée par un groupe
de militants de la première heure : Gérard, Christine,
Virginie, Mounir, Rachid, lotfi, Gégé et Jacky. Solidarité Afrique était
créée le 10 décembre 1992 et après quelques
démarches administratives le départ eu lieu en janvier
1993.
Malgré les expériences diverses des uns et des autres
nous étions encore bien naïfs. Etre sous la bannière « ONG » devait
nous préserver de tous les dangers. Nous étions loin
de songer que l'on puisse nous dépouiller de nos biens personnels
et voler les marchandises que nous avions collecté et mis en
carton soigneusement pour les populations nécessiteuses.
10 ans après cette aventure nous constatons, chaque fois que
nous en parlons, que les sensations éprouvées alors nous
habitent toujours. L'amertume et la colère reprennent leurs
places et qui sait si elles nous quitterons un jour.
Depuis longtemps nous voulions faire partager cette histoire en écrivant
et en publiant un petit fascicule que nous vendrions au bénéfice
de notre association.
Faute de moyens nous n'avons jamais pu le réaliser.
C’est pourquoi aujourd’hui nous lançons un appel à souscription.
« Toute la journée du 16, nous essayons de connaître
la réponse de Tamarasset et de savoir comment ce type de situation,
qui semble courante ici, se termine d'habitude. Nous sentons très
bien chez ce Commissaire un comportement pervers et sadique. Il nous
dit : "Je ne vous empêche pas de partir, mais Jacky non" "Ce
n'est qu'une formalité, il aura ses papiers..."
Nous nous rendons compte que des consignes ont été données
aux policiers car du tutoiement nous sommes passés au vouvoiement
et nous nous heurtons à un mutisme total sur la progression
de cette affaire.
Nous essayons de joindre l'Ambassade de France à Alger mais
le téléphone marche très mal et, chaque fois que
nous allons à la poste, comme par hasard, il y a un policier
et nous ne pouvons obtenir Alger.
Une nouvelle journée se termine, difficile pour tout le groupe,
dans l'incertitude et l'angoisse de ce qui va se passer. Quelques langues
se délient dans le village : ce commissaire est tout puissant,
il terrorise tout le monde. Il semble que la Police a tout pouvoir
sur la population et, suivant le Commissaire en poste, en tire profit.
Nous apprenons par un policier, qui accepte de nous parler directement,
que si nous avions fait négocier les filles du groupe nous aurions
trouvé plus de diligence de la part du Commissaire, "Un
petit cadeau, quoi !"
Le 16 au soir, nous avons un débat sur les décisions à prendre
pour le lendemain. Nous nous sommes renseignés et nous savons
qu'il y a un avion qui part de BORG el MOKTAR via ADRAR. ADRAR étant
une ville qui bénéficie de moyens de communication (téléphone
automatique, télex, etc...). Pour nous c'est la porte de sortie
malgré les frais que cela engage et l'immobilisation du groupe.
Nous ne voulons pas laisser Jacky dans les pattes de ces pervers et
nous craignons le pire.
Deux membres du groupe sont désignés pour prendre l'avion
le lendemain et aviser l'Ambassade, prévenir les familles de
notre situation. La nuit est beaucoup plus calme pour tous, car cette
solution nous a redonné espoir.
Le lendemain est une journée qui démarre dans de bonnes
conditions. Nous allons nous renseigner, l'avion décolle à 13
H 15 pour arriver à ADRAR une heure après.
A 11 H 30, une partie du groupe accompagne les deux "ambassadeurs" à l'aéroport
de BORG. Nous entrons dans la salle d'attente et attendons que le guichet
d'Air Algérie ouvre pour acheter les billets.
Il n'y a que quelques minutes que nous sommes installés quand
nous nous apercevons de la présence du Commissaire avec son
chauffeur et son Nissan. Nous ne nous doutons pas du tout de la suite.
Le Commissaire entre dans l'aéroport, s'approche de nous et
nous demande de sortir. Il ferme toutes les portes et repart. Le temps
passe et nous ne voyons toujours pas le guichet s'ouvrir. Il est 12
H 15 quand une personne se dirige vers nous et nous transmet un morceau
de papier de la part du Commissaire. Sur ce papier est inscrit : "Veuillez
vous rendre à la banque, changer en devises l'équivalent
de deux billets et demander un reçu. A ce moment-là ,nous établirons
vos billets".
Tous nos espoirs s'effondrent car... la banque ferme à midi
! Il a très bien joué !
Notre retour au campement est très douloureux car nous savons que les
autres étaient à l'écoute du départ de "l'avion
de l'espoir". A notre arrivée, les regards sont remplis de détresse,
de rage, de haine envers cet individu. Il nous a bien fait comprendre que nous
sommes entre ses mains et que lui seul décidera de notre sort. Les gens
du village avaient raison : ces personnes sont vraiment toute puissante !
Nous demandons à rencontrer le Commissaire pour comprendre où il
veut en venir, ce qu'il attend de nous, pour lui expliquer à nouveau
notre démarche, nos buts, le pourquoi de ces "sachets". Nous
lui laissons entendre qu'à un moment ou à un autre nous arriverions à joindre
notre Ambassade, mais que nous aimerions bien comprendre les raisons de son
attitude, de son sadisme, des humiliations que nous endurons. Il semble que
cette rencontre a des effets positifs. Dans la soirée, nous le voyons
parlementer avec les douaniers. Il nous fait savoir qu'il n'a pas demandé à ce
que nous venions dans son pays.
Le soir du 17, vers 19 H 00, il passe avec son
chauffeur et nous demande de nous présenter tous au poste
de police. A ce moment-là, nous sentons que la situation allait
trouver son dénouement.
Nous nous rendons donc tous au poste de police.
Jacky est le premier à être appelé. L'entretien
dure 45 Minutes. A sa sortie, une fois de plus très éprouvé,
il nous apprend qu'on lui a pris ses empreintes et qu'ils ont constitué un
dossier en béton. A tour de rôle le reste du groupe
se voit poser les mêmes questions pour constituer des dossiers à chacun
: "Avez-vous déjà été condamné ?
Avez-vous fait la guerre d'Algérie ? Vos rapports avec la
Communauté Algérienne ? Combien de fois êtes-vous
déjà venu en Algérie ?..." et prise d'empreintes
des dix doigts…
À suivre…
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- le mardi de 17h30 à 20h00
Solidarité Afrique
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