La lettre de Solidarité Afrique
Année 2003



N° 7 du 15 septembre 2003

www.solidarite-afrique.com

HISTOIRE A SUIVRE

Journal d'une traversée

Nous avions diffusé dans les précédents numéros de la lettre de Solidarité Afrique quelques épisodes du " Journal d'une traversée".
Cette traversée du Sahara fut organisée par un groupe de militants de la première heure : Gérard, Christine, Virginie, Mounir, Rachid, lotfi, Gégé et Jacky. Solidarité Afrique était créée le 10 décembre 1992 et après quelques démarches administratives le départ eu lieu en janvier 1993.
Malgré les expériences diverses des uns et des autres nous étions encore bien naïfs. Etre sous la bannière « ONG » devait nous préserver de tous les dangers. Nous étions loin de songer que l'on puisse nous dépouiller de nos biens personnels et voler les marchandises que nous avions collecté et mis en carton soigneusement pour les populations nécessiteuses.
10 ans après cette aventure nous constatons, chaque fois que nous en parlons, que les sensations éprouvées alors nous habitent toujours. L'amertume et la colère reprennent leurs places et qui sait si elles nous quitterons un jour.
Depuis longtemps nous voulions faire partager cette histoire en écrivant et en publiant un petit fascicule que nous vendrions au bénéfice de notre association.
Faute de moyens nous n'avons jamais pu le réaliser.
C’est pourquoi aujourd’hui nous lançons un appel à souscription.

« Toute la journée du 16, nous essayons de connaître la réponse de Tamarasset et de savoir comment ce type de situation, qui semble courante ici, se termine d'habitude. Nous sentons très bien chez ce Commissaire un comportement pervers et sadique. Il nous dit : "Je ne vous empêche pas de partir, mais Jacky non" "Ce n'est qu'une formalité, il aura ses papiers..."
Nous nous rendons compte que des consignes ont été données aux policiers car du tutoiement nous sommes passés au vouvoiement et nous nous heurtons à un mutisme total sur la progression de cette affaire.
Nous essayons de joindre l'Ambassade de France à Alger mais le téléphone marche très mal et, chaque fois que nous allons à la poste, comme par hasard, il y a un policier et nous ne pouvons obtenir Alger.
Une nouvelle journée se termine, difficile pour tout le groupe, dans l'incertitude et l'angoisse de ce qui va se passer. Quelques langues se délient dans le village : ce commissaire est tout puissant, il terrorise tout le monde. Il semble que la Police a tout pouvoir sur la population et, suivant le Commissaire en poste, en tire profit. Nous apprenons par un policier, qui accepte de nous parler directement, que si nous avions fait négocier les filles du groupe nous aurions trouvé plus de diligence de la part du Commissaire, "Un petit cadeau, quoi !"
Le 16 au soir, nous avons un débat sur les décisions à prendre pour le lendemain. Nous nous sommes renseignés et nous savons qu'il y a un avion qui part de BORG el MOKTAR via ADRAR. ADRAR étant une ville qui bénéficie de moyens de communication (téléphone automatique, télex, etc...). Pour nous c'est la porte de sortie malgré les frais que cela engage et l'immobilisation du groupe. Nous ne voulons pas laisser Jacky dans les pattes de ces pervers et nous craignons le pire.
Deux membres du groupe sont désignés pour prendre l'avion le lendemain et aviser l'Ambassade, prévenir les familles de notre situation. La nuit est beaucoup plus calme pour tous, car cette solution nous a redonné espoir.
Le lendemain est une journée qui démarre dans de bonnes conditions. Nous allons nous renseigner, l'avion décolle à 13 H 15 pour arriver à ADRAR une heure après.
A 11 H 30, une partie du groupe accompagne les deux "ambassadeurs" à l'aéroport de BORG. Nous entrons dans la salle d'attente et attendons que le guichet d'Air Algérie ouvre pour acheter les billets.
Il n'y a que quelques minutes que nous sommes installés quand nous nous apercevons de la présence du Commissaire avec son chauffeur et son Nissan. Nous ne nous doutons pas du tout de la suite. Le Commissaire entre dans l'aéroport, s'approche de nous et nous demande de sortir. Il ferme toutes les portes et repart. Le temps passe et nous ne voyons toujours pas le guichet s'ouvrir. Il est 12 H 15 quand une personne se dirige vers nous et nous transmet un morceau de papier de la part du Commissaire. Sur ce papier est inscrit : "Veuillez vous rendre à la banque, changer en devises l'équivalent de deux billets et demander un reçu. A ce moment-là ,nous établirons vos billets".

Tous nos espoirs s'effondrent car... la banque ferme à midi ! Il a très bien joué !
Notre retour au campement est très douloureux car nous savons que les autres étaient à l'écoute du départ de "l'avion de l'espoir". A notre arrivée, les regards sont remplis de détresse, de rage, de haine envers cet individu. Il nous a bien fait comprendre que nous sommes entre ses mains et que lui seul décidera de notre sort. Les gens du village avaient raison : ces personnes sont vraiment toute puissante !
Nous demandons à rencontrer le Commissaire pour comprendre où il veut en venir, ce qu'il attend de nous, pour lui expliquer à nouveau notre démarche, nos buts, le pourquoi de ces "sachets". Nous lui laissons entendre qu'à un moment ou à un autre nous arriverions à joindre notre Ambassade, mais que nous aimerions bien comprendre les raisons de son attitude, de son sadisme, des humiliations que nous endurons. Il semble que cette rencontre a des effets positifs. Dans la soirée, nous le voyons parlementer avec les douaniers. Il nous fait savoir qu'il n'a pas demandé à ce que nous venions dans son pays.

Le soir du 17, vers 19 H 00, il passe avec son chauffeur et nous demande de nous présenter tous au poste de police. A ce moment-là, nous sentons que la situation allait trouver son dénouement.

Nous nous rendons donc tous au poste de police. Jacky est le premier à être appelé. L'entretien dure 45 Minutes. A sa sortie, une fois de plus très éprouvé, il nous apprend qu'on lui a pris ses empreintes et qu'ils ont constitué un dossier en béton. A tour de rôle le reste du groupe se voit poser les mêmes questions pour constituer des dossiers à chacun : "Avez-vous déjà été condamné ? Avez-vous fait la guerre d'Algérie ? Vos rapports avec la Communauté Algérienne ? Combien de fois êtes-vous déjà venu en Algérie ?..." et prise d'empreintes des dix doigts…

À suivre…

Sommaire:

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